« C’est pas tous les hommes » : la phrase qui nous empêche de voir le vrai problème
Aujourd’hui, pour le 8 mars, Skot a voulu écrire aux hommes.
Parce que changer la culture, ça demande aussi que les hommes se parlent entre eux.
Alors voici son message.
Photo de Skot et une de ses deux filles, à la Ferme Pastel. Crédit photo : Nancy Guignard
Chaque fois qu’on parle de domination masculine ou de violence faite aux femmes, il y a presque toujours un homme qui finit par dire : « Oui, mais c’est pas tous les hommes. »
Pendant longtemps, cet homme-là, c’était moi. Je tâchais vraiment d’être de l’autre côté de la ligne.
Je pensais que si je m’éduquais sur les principes féministes, si j’aspirais sincèrement à l’égalité entre les femmes et les hommes, si je partageais concrètement les tâches de la maison, des repas et des enfants 50-50 avec ma blonde, si je regardais pas de porn, si j’écoutais vraiment mes filles, si je leur expliquais le pourquoi du ‘‘non’’ au lieu de juste dire ‘‘parce que c’est ça’’, si j’encourageais ma blonde à prendre du leadership sans la faire passer pour une “bossy”, si je travaillais à être émotionnellement intelligent, et surtout si j’étais pas violent, ni verbalement, ni autrement…
Je pensais que ça faisait de moi un bon gars. Un bon chum. Un bon père.
Et je pensais honnêtement que c’était ça, faire ma part. Mais je réalise depuis quelque temps que c’est loin d’être suffisant.
Faire attention de pas être dans le groupe des hommes violents, ou de ne pas rire d’une joke misogyne dans une chambre de hockey… c’est clairement pu assez.
Parce que la réalité, c’est que la vie des femmes et des filles est encore en danger. La domination des hommes, la violence conjugale et la violence misogyne leur coûtent des emplois, la santé mentale et, trop souvent, la vie.
Au Canada, environ une femme est tuée tous les six jours par un son chum ou un ex.
Et dans l’immense-immense majorité des cas, les tueurs sont des hommes.
Alors oui. Pas tous les hommes. Mais assez d’hommes pour que presque toutes les femmes aient une histoire à raconter.
Assez d’hommes pour que la peur fasse encore partie du quotidien de beaucoup de femmes et de filles.
Et assez d’hommes pour qu’on puissent pu prétendre que ça nous concerne pas, nous les hommes.
De plus en plus de jeunes garçons sont exposés aux réseaux du masculinisme, où des figures comme Andrew Tate normalisent la domination des femmes et la violence verbale contre elles. Dans certains coins d’internet, on va même jusqu’à glorifier le massacre de Marc Lépine à l’École Polytechnique.
Nos garçons grandissent dans ce climat. Et ça, ça nous concerne directement.
Comme homme, comme père, comme partenaire de vie, comme partenaire d’affaires, comme voisin, comme joueur de hockey, je prends parole aujourd’hui pour dire que je suis solidaire avec les millions de femmes qui luttent simplement pour la paix.
La paix pour elles. Mais aussi pour tout le monde : femmes, hommes, personnes non binaires, nos enfants.
Je comprends maintenant qu’être silencieux, alors que je fais partie du groupe dominant, c’est participer à maintenir le statu quo.
Le patriarcat tient pas juste grâce aux hommes violents. Il tient aussi grâce au silence, aux regards détournés, aux blagues qu’on laisse passer, aux conversations qu’on évite.
Alors j’invite ma gang de gars, aujourd’hui et tous les autres jours, à se tenir debout à côté des femmes, pas à l’écart comme si c’était leur bataille juste à elles.
Si on respecte et protège nos blondes et nos filles dans la sphère privée, faisons-le aussi dans la sphère publique. Dans nos conversations. Dans nos milieux de travail. Dans nos institutions. Dans nos choix politiques.
Loin de moi l’idée de prendre la place des femmes qui prennent parole aujourd’hui avec courage. L’intention est plutôt de contribuer à changer les choses de l’intérieur du groupe dominant.
Pas pour faire de nous des héros ou des victimes. Juste des êtres humains qui veulent que les autres êtres humains, les femmes et les filles autour d’eux, puissent vivre en sécurité, avoir les mêmes opportunités et être autant émancipés.
Alors oui. Pas tous les hommes. Mais si on est vraiment les bons gars qu’on pense être, il est peut-être temps de le prouver autrement que par le silence. Pas seulement en disant qu’on n’est pas comme eux. Mais en faisant en sorte qu’il y en ait de moins en moins.
Changeons le discours, changeons le court de l’histoire avec elles, pour tout le monde.
Texte de Skot Morgan, copropriétaire et cofondateur de Ferme Pastel
Traduit en partie de l’anglais par Ora-Maggie, copropriétaire et cofondatrice de Ferme Pastel
Crédit photo: Nancy Guignard
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