Je prends un nouveau chemin
Il y a des nouvelles qui sont plus difficiles à résumer en quelques lignes. Alors, fidèle à mon habitude, je t’ai fait un blogue. Depuis quelques semaines, j’ai commencé un nouvel emploi comme conseillère principale aux affaires publiques à la Société de développement de l’Est.
Et je suis vraiment, vraiment, vraiment contente.Je t’explique ici pourquoi et surtout je te rassure, PASTEL continue bien que probablement un brin différemment.
Les dahlias, les dahlias, les dahlias!
Pastel m’a beaucoup appris sur l’impact
Quand on a créé la Ferme Pastel, on voulait bien sûr faire pousser des fleurs. Mais on voulait surtout faire les choses autrement. On voulait montrer qu’on pouvait produire des fleurs ici, au Bas-Saint-Laurent, avec une approche respectueuse des sols, de l’eau, de la biodiversité et des humains. On voulait aussi parler de ce qui se cache derrière une fleur importée : les pesticides, les conditions de travail parfois difficiles, les milliers de kilomètres parcourus et les émissions de gaz à effet de serre.
Mais, on voulait aussi voire surtout, démocratiser les fleurs. Montrer qu’il n’est pas nécessaire d’être horticulteur ou horticultrice pour faire pousser quelques tulipes, semer des fleurs ou planter des dahlias. Que mettre les mains dans la terre fait du bien. Que les fleurs ont une place dans nos vies qui dépasse largement le simple objet décoratif.
Au fil des sept dernières années, on a cultivé énormément de fleurs. Mais on a aussi donné des ateliers, accueilli des gens à la ferme, vendu des milliers de bulbes et de tubercules, répondu à une quantité assez impressionnante de questions et, je l’espère, donné envie à beaucoup de monde de faire pousser des fleurs.
Aujourd’hui, j’ai le sentiment que la mission de Pastel 1.0 est remplie. Pas parce qu’il n’y a plus rien à faire, au contraire. Mais, parce qu’on a contribué, à notre échelle, à faire bouger quelque chose.
Les fleurs locales sont beaucoup plus présentes qu’elles ne l’étaient quand on a commencé. Des gens qui n’avaient jamais fait pousser une tulipe plantent maintenant leurs propres bulbes. On parle davantage de provenance, de pesticides, de fleurs de saison et de l’impact de l’industrie florale.
Et surtout, Pastel m’a confirmé quelque chose sur moi-même : j’ai besoin que mon travail ait un impact, un impact encore plus grand. c’est encore plus vrai maintenant aussi que Pastel vient de terminer sa 7e saison.
Faire encore plus
Avant d’être floricultrice, ma formation et mon parcours étaient en communications et en travail social, particulièrement en développement et gestion de projets collectifs.
Pendant plusieurs années, j’ai mis énormément d’énergie dans Pastel et dans les enjeux environnementaux qui me tiennent profondément à cœur : l’agriculture écologique, les sols, la biodiversité, la consommation locale, notre rapport au territoire.
Mais tranquillement, j’ai réalisé que j’avais envie d’aller plus loin, de développer plus. J’avais envie que mon travail me permette d’avoir un impact environnemental, oui, mais aussi un impact social. Et surtout, j’avais envie de pouvoir travailler sur des changements à une échelle beaucoup plus grande que celle de notre ferme.
C’est exactement ce que j’ai trouvé à la Société de développement de l’Est
Je dois l’avouer, jamais j’aurais cru trouver un emploi ici dans la région qui allait cocher toutes les cases que j’avais oser mettre dans mon carnet de note, lire ici carnet de rêve. Un emploi avec une mission ambitieuse tant sur le plan social qu’environnemental, avec équipe multidisplinaire et une gouvernance agile (j’ai quand même gouté du monde entrepreneurial ces 7 dernières années). Encore une preuve qu’il faut pas arrêter de rêver au delà de ce qui nous semble possible.
La SDE c’est quoi au juste?
C’est un organisme à but non lucratif qui développe et détient du logement hors marché, principalement dans les régions du Québec.
Ça part d’un constat que les gens qui vivent en région connaissent très bien : la crise du logement n’est pas uniquement une crise des grands centres. Dans beaucoup de petites collectivités, le manque de logements empêche des travailleurs et travailleuses de s’installer, des familles de rester, des entreprises de recruter et des communautés de se développer.
La SDE construit donc du logement à but non lucratif. Mais surtout, elle travaille à construire une capacité qui demeure dans nos territoires.
Les immeubles restent à l’abri de la spéculation et au plus bas prix possible à long terme. La valeur créée reste dans le modèle et permet d’en développer d’autres. Les projets sont pensés pour durer et pour répondre aux réalités des communautés où ils s’implantent.
Ça me parle énormément. Parce qu’on est exactement à la rencontre de plusieurs choses auxquelles je crois profondément : l’environnement, l’équité, le développement collectif, l’économie sociale, l’occupation du territoire et la capacité des régions à décider de leur avenir.
Je peux contribuer à des projets qui auront un impact sur des centaines de ménages et sur des dizaines de collectivités. Je peux travailler sur les conditions qui permettront d’en faire encore davantage dans les prochaines années.
Pour moi, c’est énorme. Et ça faisait longtemps que je cherchais une façon de réunir toutes ces parties de mon parcours professionnel au même endroit. Je suis remplie de gratitude de l’avoir trouvée.
Et maintenant, LA question…qu’est-ce qui arrive avec Pastel?
Pastel continue. Ce n’est pas une annonce de fermeture. Ce n’est pas non plus la fin de la ferme. Par contre, tu comprendras que je me retire des opérations quotidiennes.
Skot prendra davantage les commandes de la production, avec de l’aide occasionnelle lorsque ce sera nécessaire. Et forcément, une ferme pensée pour être opérée principalement par une personne ne peut pas fonctionner exactement comme une ferme opérée par deux. On va donc simplifier.
Cette décision arrive aussi après une saison qui nous a demandé pas mal d’adaptation. Au mois d’août, on a subi d’importants bris, notamment du côté de notre système d’irrigation et de notre système de chauffage.
Avant de repartir dans une autre grosse saison, on veut se donner l’espace nécessaire pour réparer, rebâtir et réfléchir à ce que sera la prochaine version de Pastel.
Il n’y aura donc pas d’abonnements floraux en 2027.
Je sais. Mais, il y aura encore des fleurs. Et il y a une chose qu’on savait tout de suite qu’on voulait garder : la fête des Mères. On sera donc là, en précommande, avec les fleurs printanières qu’on aime tant. On continuera également à vous proposer des tubercules de dahlias et des bulbes de tulipes à planter chez vous.
Parce que cette partie-là de Pastel demeure très importante pour nous : vous voir faire pousser des fleurs. Les bulbes de tulipes, ça se passe au marché de Rimouski le samedi 24 octobre prochain.
Pastel 2.0?
On ne sait pas encore exactement à quoi ressemblera la suite. Et pour une première fois, on est assez à l’aise avec ça.
On veut laisser à Skot l’espace de réfléchir à la ferme qu’il a envie d’opérer, à une échelle qui fonctionne pour lui, avec des employés et employées occasionnels lorsque nécessaire. On veut aussi se donner le temps de réparer ce qui doit l’être après les bris de cette année, plutôt que de repartir immédiatement dans la même cadence.
Pastel nous a transformés. Cette ferme nous a appris à cultiver, évidemment. Mais, elle nous a surtout appris qu’un petit projet, dans un petit coin de rang, peut avoir beaucoup plus d’impact qu’on l’imagine au départ.
Et aujourd’hui, j’ai envie de prendre tout ce que Pastel m’a appris sur l’environnement, les territoires, l’entrepreneuriat, la communication et l’action collective et de le mettre au service de projets capables d’avoir un impact encore plus grand.
C’est ce que je vais faire aux affaires publiques de la Société de développement de l’Est.
On se retrouve où?
De mon côté, je vais tranquillement déplacer mes réflexions professionnelles sur mon LinkedIn. Si les questions de logement, de développement régional, d’économie sociale ou d’affaires publiques t’intéressent, ou si tu veux simplement continuer à suivre le parcours d’une fille de région qui croit que le paradis est sur Terre et que les humains sont fondamentalement remplis de solutions éthiquement courageuses, viens me trouver.
Mais, le plus important, si tu veux comprendre ce qu’est le logement non spéculatif, découvrir le logement à but non lucratif et suivre les projets qui se développent un peu partout dans nos régions, même proche de chez toi, je t’invite à suivre la Société de développement de l’Est.
Quant à Pastel, tu es déjà à la bonne place. Je vais annoncer ici les différentes dates et autres pour te tenir au courant.
Skot va continuer de cultiver, les tulipes vont continuer de sortir de terre, les dahlias vont continuer de fleurir. Et Pastel va continuer d’évoluer avec nous. C’est donc pas vraiment la fin d’un chapitre. C’est plutôt le moment où quelque chose qui a commencé ici, dans nos champs, prend aussi une autre échelle. Et je suis vraiment, vraiment heureuse de voir jusqu’où ça peut aller.
P.s.: On s’en parle de vive voix bientôt, je vais accompagner Skot au marché de Rimouski samedi le 24 octobre pour notre précieuse vente annuelle de bulbes de tulipes.
Texte de Maggie Beaulieu-Pelletier, copropriétaire et cofondatrice de Ferme Pastel
Crédit photo: Ferme Pastel
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